MÉDIAS
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l y a
eu longtemps, en France, un ministère de l’Information. Le contenu des journaux
télévisés y était défini chaque jour. C’était au temps où il y avait deux ou
trois chaînes appartenant toutes à l’État. Le ministère de l’Information a été
supprimé, mais l’information reste très largement prise en main en France.■
UN « JOURNALISME » FORMATÉ
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errière la prolifération de
chaînes de télévision, de stations de radio et de médias écrits, il y a quelques investisseurs liés aux
forces gouvernementales. Les journalistes sortent, par ailleurs, d’écoles où
leur esprit est formaté. Dès lors, trouver dans les grands médias français
des éléments pertinents sur l’islam, ou sur ce qui se passe en Iran, en Arabie
Saoudite, en Israël ou en Chine est quasiment impossible. Trouver des éléments pertinents sur ce que fut la présidence Obama
ou ce qu’est la présidence Trump est plus difficile encore. Un modelage des esprits est à l’œuvre, et il fonctionne.
Quiconque
s’informe hors de France, puis se plonge dans les médias français pour voir ce
qui reste dans ces derniers de faits établis, relatés pourtant au Royaume-Uni,
aux États-Unis, au Japon, en Australie, ne peut que constater omissions et
distorsions graves que nombre de gens ne s’informant qu’en France ne peuvent
pas percevoir.
Des campagnes de presse
peuvent être menées victorieusement en France aux fins de susciter l’idolâtrie
vis-à-vis d’une personnalité ou la diabolisation d’une autre, voire aux fins
d’assurer le résultat d’une élection. Bien
que Macron ait bénéficié d’une telle campagne pour se faire élire, cela ne
semble pas suffisant pour lui.
DES RÉSEAUX SOCIAUX QUI DÉRANGENT
L
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’existence de médias
dissidents et la dissémination par des réseaux sociaux, tels que Facebook, ou
des sites de partage de vidéos, tels que YouTube, d’éléments contraires au
formatage des esprits lui paraît, semble-t-il, intolérable.
Il
envisage, par conséquent, de trouver un moyen de supprimer l’accès aux médias
dissidents et la possibilité pour des réseaux sociaux ou des sites de partage
de vidéos de diffuser ce qui n’est pas conforme.
Il ne veut pas recréer un
ministère de l’Information, mais, carrément, ce qui ressemblerait à un
ministère de la Vérité, proche de celui imaginé par le Britannique George
Orwell dans son roman 1984. Le
ministère ne prendrait pas la forme d’un vrai ministère, mais, plus
sournoisement, d’instances juridiques et judiciaires, peut-être de services de
police politique.
Le prétexte invoqué est que
circuleraient des rumeurs et des informations fausses, et qu’il faudrait « protéger » la population. Macron
n’ignore pas qu’il y a toujours eu des rumeurs et qu’il a toujours été
impossible d’empêcher leur circulation. Il
sait aussi qu’en matière de fausse information, la France est quasiment
championne du monde.
Il ne veut simplement pas
que la petite minorité constituée par ceux qui cherchent encore à disposer de
ce qu’ils ne trouvent pas dans les instruments de modelage des esprits que sont
chaînes de télévision, stations de radio et médias écrits, puissent encore
lire, voir ou écouter ce qu’ils veulent pour s’informer vraiment.
IL Y A DU DICTATEUR DANS CET HOMME
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acron
montre d’ailleurs souvent qu’il apprécie la compagnie de dictateurs. Nombre
de ceux qui l’ont précédé à la présidence de la république française ont ce
point commun avec lui, mais il pousse ce point commun bien plus loin que ses
prédécesseurs.
Ayant
vu avec quelle facilité il est parvenu à se faire élire il y a quelques mois,
malgré la quantité impressionnante d’inepties qu’il a pu énoncer,
ayant vu aussi qu’il était parvenu à faire exploser, à cette occasion, tous les
grands partis politiques et à faire entrer au parlement une majorité de députés
à sa botte, et souvent incultes, il se dit sans doute que la population
française est mûre pour accepter l’inacceptable. Il n’a peut-être pas tort.
L’ère
dans laquelle nous sommes n’est plus aux totalitarismes durs, hérissés de
barbelés. Elle est celle des totalitarismes doux, anesthésiants. Macron est un
adepte de ces totalitarismes-là. Il n’est pas le seul en Europe.
Si un sursaut ne se dessine
pas très vite, la mort des derniers interstices de liberté de penser et de
savoir en France et en Europe se profilera. En réalité, le spectre de cette
mort est déjà là, et a commencé à fondre sur un vieux continent épuisé et
agonisant.
►Je
veux espérer, sans vraiment y croire, que le sursaut viendra.■ Source
L’AUTEUR : GUY MILLIÈRE
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uy Millière, (spécialisation
: économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à
l'Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Économie
de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que
professeur invité aux États-Unis. Il collabore à de nombreux « think tanks »
aux États-Unis et en France.
Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique,
Conférencier pour la Banque de France. Ancien « visiting Professor »
à la California State University, Long Beach. Traducteur et adaptateur en
langue française pour le site DanielPipes.org. Éditorialiste à la « Metula
News Agency », « Israël Magazine », « Frontpage Magazine »,
« upjf.org. » Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de
géopolitique dirigée par Michel Korinman. Rédacteur en chef de la revue
Liberalia de 1989 à 1992 Il a participé aux travaux de l'American Entreprise
Institute et de l'Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de
France, Il a participé à l'édition d'ouvrages libéraux contemporains comme La
constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia,
puis dans la collection « Au service de la liberté » qu'il a créée aux éditions
Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue éponyme
Liberalia de 1989 à 1992. Il a été vice-président de l'Institut de l'Europe
libre ainsi que Président et membre du conseil scientifique de l'Institut
Turgot. Il fait partie du comité
directeur de l'Alliance France-Israël présidée par Gilles-William Goldnadel. Il
est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages.